La nouvelle société, toujours en gestation (Dominique Maillard)

« Le malaise que notre mutation accélérée suscite tient, pour une large part, au fait multiple que nous vivons dans une société bloquée. De cette société bloquée, je retiens trois éléments essentiels, au demeurant liés les uns aux autres de la façon la plus étroite : la fragilité de notre économie, le fonctionnement souvent défectueux de l’Etat, enfin l’archaïsme et le conservatisme de nos structures sociales. Notre économie est encore fragile. Pourquoi cette fragilité ? Avant tout, à cause de l’insuffisance de notre industrie. Le conservatisme des structures sociales entretient l’extrémisme des idéologies. On préfère trop souvent se battre pour des mots, même s’ils recouvrent des échecs dramatiques, plutôt que pour des réalités. C’est pourquoi nous ne parvenons pas à accomplir des réformes autrement qu’en faisant semblant de faire des révolutions. La société française n’est pas encore parvenue à évoluer autrement que par crises majeures. »

Toutes ces phrases d’une étonnante actualité ont été prononcées le 16 septembre 1969 à la tribune de l’Assemblée nationale par Jacques Chaban-Delmas. Comment se fait-il que 45 ans plus tard, on se pose, sur les mêmes sujets, exactement les mêmes questions ? Nos blocages, nos conservatismes, notre inertie restent les mêmes et il faut agir, au moins autant aujourd’hui qu’hier, sur les mêmes leviers : réformer, décloisonner, progresser. Toute entreprise, avec ses valeurs, ses compétences, son exemplarité, peut apporter sa pierre à la rénovation et à l’évolution de la société française. Tout d’abord en montrant sa capacité à innover, tout autant dans le domaine technique qu’elle maîtrise que dans le domaine social où sa taille lui permet de jouer un rôle de « laboratoire ». Pour cela, il ne faut pas camper dans nos compétences et nos certitudes mais accepter la remise en cause, l’exemple venu d’ailleurs, et porter un regard neuf même sur les sujets les plus rebattus. Ensuite et je repasse la parole au premier ministre de 1969 : « Le nouveau levain de jeunesse, de création, d’invention qui secoue notre vieille société peut faire lever la pâte de formes nouvelles et plus riches de démocratie et de participation, dans tous les organismes sociaux comme dans un Etat assoupli, décentralisé, désacralisé. Nous pouvons donc entreprendre de construire une nouvelle société. »

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