Le séisme de 2008 en Chine, une crise majeure transformée par l’Etat en opportunité économique pour la région et le pays

Quelques mois après le séisme qui a touché le district de Lushan dans le Sichuan (20 avril 2013) et dont le bilan précis est encore à définir, retour sur la manière dont la République populaire de Chine (RPC) a géré la catastrophe majeure provoquée par le tremblement de terre extrêmement violent qui a secoué cette même région en 2008.

 

La gestion de crise en République populaire de Chine

Dans ce pays, le système de gestion de crise majeure s’appuie principalement sur les organisations administratives d’Etat, très structurantes, et présentes à tous les niveaux. Ainsi la réponse est, en premier lieu, toujours pilotée par les autorités centrales via leurs représentations aux plus bas échelons. Au niveau gouvernemental, le ministère des affaires civiles en a généralement la charge et, pour dimensionner la réponse à une catastrophe, se réfère à une échelle de catégorisation des crises qui permet l’engagement gradué des moyens en fonction de l’intensité de la crise. L’armée populaire de Chine est toujours primo-intervenante lors des catastrophes et demeure la principale force de secours et d’urgence sur le terrain.

De plus, et au risque de caricaturer la subtilité du caractère chinois, l’importance de « garder la face » influence sensiblement les prises de décision des gouvernants de ce pays. Ils mobilisent toutes les énergies face à une crise majeure, en s’appuyant sur les ressorts patriotiques et culturels chinois. Il s’agit, pour la deuxième puissance économique mondiale, de démontrer sa capacité de réaction  et de cohésion face à une catastrophe de grande ampleur.

Quant à la société civile, dans une acception occidentale, elle est encore peu développée en Chine. A ce titre, la situation des ONG demeure précaire ; seules les « organisations civiles » enregistrées au niveau du gouvernement peuvent agir avec un minimum de liberté.

Rappelons également que la Chine poursuit son développement accéléré en s’appuyant sur un équilibre original, entre le centralisme/dirigisme politique d’un parti unique et un libéralisme économique assumé. Cependant, le pouvoir est conscient de la fragilité de l’équilibre social actuel qui s’appuie sur une croissance toujours élevée mais qui se caractérise par un hiatus marqué entre des zones urbaines prospères et des zones rurales encore marquées par le sous-développement.

 

2008 : catastrophe majeure dans le Sichuan, le modèle chinois à l’épreuve

En 2008, un violent tremblement de terre (8 sur l’échelle de Richter, le long de la faille de Longmenshan) a provoqué une catastrophe majeure sur une grande partie de cette région  du Sichuan (69000 morts, 374000 blessés, plus de 4,8 millions de sans-logis, 7000 bâtiments scolaires touchés-objets de toutes les critiques s’agissant des normes de construction-).

A titre d’exemple, la ville de Beichuan a été détruite à 80%, et a dénombré 5000 morts pour une population de 30000 habitants. Cette ville a depuis été totalement reconstruite à 23km de son emplacement initial (2009-2012), l’ancien site étant devenu un lieu de mémoire.

Cet événement tragique frappant une région particulièrement concernée par le déséquilibre entre zones urbaines et rurales (la ville de Chengdu connaît une croissance  proche de 15 % alors que certaines zones rurales peinent toujours à accrocher le wagon du développement) a nécessité la mobilisation générale de l’Etat et des moyens du pays, une grande réactivité de l’appareil chinois ainsi qu’une capacité d’adaptation sans précédent.

La réponse chinoise à cette crise majeure peut être caractérisée en quelques mots :

Hiérarchisation des priorités – reconstruction accélérée – solidarité économique.

Globalement, la réaction de l’Etat lors de cet événement a été perçue comme positive et volontariste.

Aujourd’hui, on assiste dans le Sichuan à la fin d’un processus de reconstruction et le début d’une normalisation, permettant une évaluation « à froid » des efforts réalisés depuis 2008.

 

2013, un bilan  de la réponse chinoise face à une catastrophe majeure

La réponse à la catastrophe du Sichuan de 2008 a bénéficié de la solidité des structures administratives du gouvernement chinois tant au niveau central que local. Les responsabilités de chacun des niveaux administratifs étant bien établies, la répartition des tâches a pu être réalisée efficacement. Si les procédures ont parfois ralenti le processus décisionnel, elles ont permis de « sélectionner » les partenaires et organisations utiles et potentiellement efficaces, et de les intégrer efficacement dans le dispositif d’ensemble.

Le gouvernement chinois, au-delà de sa grande réactivité – parfois excessive – a montré de réelles capacités d’adaptation, en particulier lors de la phase de reconstruction. Il a en effet mis en place des structures et des processus permettant de rationnaliser l’aide, en impliquant également l’ensemble des collectivités chinoises, pour permettre une normalisation de la situation dans des délais extrêmement réduits.

A cette occasion, la société chinoise a fait preuve d’un fort élan de solidarité : solidarité entre collectivités d’une part mais également au sein de la société civile. En effet, de nombreux cadres et employés, essentiellement urbains, se sont investis dans des organisations, ad hoc ou non, pour aller porter secours et assistance dans les zones sinistrées. De ce fait, un véritable espoir de développement de la société civile – encore embryonnaire en Chine – est né au sein de ces classes moyennes qui ont pensé pouvoir transformer la crise en opportunité sociale et ainsi pérenniser une culture d’organisations civiles indépendantes. Leurs espoirs ont été globalement déçus, le contrôle gouvernemental demeurant très présent dans ce domaine.

Cette catastrophe a aussi mis en valeur l’importance de la mise en réseau des acteurs de terrain, la pertinence de structures favorisant les échanges d’information, le partage des évaluations de situation, la coopération et la coordination.

Du point de vue médiatique, le bilan de la couverture du séisme de 2008 par les médias est plus mitigé. Objective  durant les deux premières semaines ayant suivi la catastrophe, la presse chinoise a fait preuve, par la suite, d’une dérive dramatisante assez conforme à la tonalité des discours officiels. De plus, les priorités du gouvernement en matière d’intervention ont  souvent été guidées par les choix médiatiques, au risque d’abandonner certaines zones.

S’agissant plus spécifiquement du processus de reconstruction, il faut reconnaître aujourd’hui que les résultats obtenus dans le Sichuan sont époustouflants. L’Etat chinois semble avoir remarquablement tiré profit de cette crise majeure pour en faire une opportunité économique non seulement pour le Sichuan mais également pour la croissance chinoise en générale. La reconstruction a permis la relance d’un système plus moderne, plus efficient, plus durable et sans doute plus résilient.

 

Florent LAVIGNE (Ecole de guerre) a écrit cet article à partir d’une étude collective confiée par la FNEP à une mission constituée de cadres d’entreprises et de l’administration. Le rapport complet de cette étude sortira début octobre, édité par la Documentation française.

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